Notre jeunesse mérite d’être entendue : ouvrons le droit de vote à 16 ans
Nous avons signé dimanche 18 octobre un appel dans la Tribune Dimanche aux côtés d'Adeline Hazan, présidente d'Unicef France et Eric Berton, président d'Aix Marseille Université, un appel pour l'ouverture du vote à 16 ans aux côté d'une trentaine d'acteurs du monde associatif et du monde de la recherche. Voici son texte auquel vous pouvez vous associer en le signant :
Depuis deux semaines, les lycéens demandent à être écoutés. Malgré des revendications légitimes pour améliorer leurs conditions d’apprentissage, leur parole est ignorée par les décideurs publics. Nous proposons une autre voie, celle de la confiance et la considération, à travers l’octroi d’un nouveau droit politique : le vote à 16 ans.
L’abaissement de l’âge du droit de vote va dans le sens de l’Histoire. Rappelons qu’il était d’abord fixé à 30 ans avant de passer à 25 ans en 1830, puis à 21 ans en 1848 et enfin à 18 ans en 1974.
A chaque fois, les mêmes arguments se sont fait entendre : “trop jeunes”, “trop immatures”, “trop influençables” - ce dernier ressemblant à s’y méprendre à ce qu’affirmaient les opposants au droit de vote des femmes…. Mais si l’on est en âge de travailler et payer des impôts, pourquoi n’aurait-on pas son mot à dire sur la manière dont ils seront utilisés ? Les mobilisations actuelles ne démontrent-elles pas aussi que des jeunes de 16 ans sont entièrement capables de s’exprimer sur des sujets complexes et déterminants dans le cadre d’une campagne présidentielle? ?
Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2025, la moitié du corps électoral français a plus de 50 ans (source INSEE). Résultat : la jeunesse est massivement sous-représentée dans les urnes alors qu’elle vivra le plus longtemps et sera donc mécaniquement plus fortement impactée par les décisions politiques prises aujourd’hui.
Abaisser l’âge du droit de vote permettrait de rééquilibrer le corps électoral en faveur d’une gouvernance de long terme qui prenne en compte les intérêts de la jeunesse du pays, comme le préconise le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan.
“A quoi cela servirait-il ? Les jeunes ne votent pas!” Cet argument néglige l’un des principaux freins à leur participation électorale : la mal-inscription.
En 2022, près de 40% des 18-25 ans étaient inscrits sur une liste électorale différente de leur commune de résidence. Abaisser l’âge du vote à 16 ans permettrait précisément de lutter contre ce phénomène en permettant l’inscription et l’exercice du vote à une période de la vie où la mobilité résidentielle est plus limitée.
Deux pays voisins, l’Allemagne et l'Autriche, ont déjà passé le cap du vote à 16 ans ; le Royaume-Uni a également entériné cette avancée. Ces évolutions ont été saluées par le Comité des droits de l’enfant. La France doit leur emboîter le pas. Les expériences menées à l’étranger démontrent que l’abaissement de l’âge du droit de vote peut favoriser une participation électorale élevée.
En Autriche par exemple, 90 % des jeunes de 16 à 18 ans se sont rendus aux urnes dès l’abaissement de l’âge de vote, bien loin des préjugés sur le supposé désintérêt des jeunes générations pour la chose publique.
La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît à tous les enfants le droit d’exprimer leur opinion sur les sujets les intéressant. Le droit de vote constituerait ainsi pour les 16-17 ans une une façon de réaliser pleinement ce droit de participer à la vie démocratique.
Leur mobilisation nous prouve qu’ils ont des choses à dire. Alors plutôt que leur opposer une fin de non recevoir, il est urgent de fournir des moyens d’expression démocratique à une jeunesse qui ne demande qu'à être écoutée : ouvrons le droit de vote dès 16 ans !
Signataires :
Adeline Hazan, présidente d'Unicef France, Clara Michielini, présidente d'A Voté, Éric Berton, président d’Aix-Marseille Université.
– Édouard Kaminski, président de l’université Paris Cité
– Anthony Babkine, fondateur du podcast Prends ta place
– Valérie Becquet, professeure des universités, CY Cergy Paris Université
– Laelia Benoit, pédopsychiatre, MCU-PH, Yale Child Study Center et Inserm
– Nawelle Benyahia-Djelloul, présidente de Cité des chances
– Jérôme Bétrancourt, président de l’association Nos vies, nos avis
– Sarah Biche, co-présidente du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep)
– Louis-Marie Blanchard, co-président fondateur de l’association Les citoyennes et les citoyens pour le renouvellement de la démocratie (Les CRD)
– Loïc Blondiaux, professeur de science politique
– Julien Blot, président du Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (Gepso)
– Grégoire Borst, professeur de psychologie de l’enfant, université Paris Cité
– Cécile Braconnier, professeure des universités en science politique
– Marie Cao, créatrice de contenu
– Sébastien Charbonnier, maître de conférences en philosophie de l’éducation à l’université de Lille
– Gilles Delecourt, directeur général d’Action éducation
– Joséphine Delpeyrat, déléguée générale d’Animafac
– Stéphanie d’Esclaibes, fondatrice du podcast Les Adultes de demain
– Paula Forteza, fondatrice d’Artivistas et ancienne députée
– Héloïse Junier, docteure en psychologie de l’enfant, formatrice et autrice
– Armel Le Coz, co-président de Démocratie ouverte
– Mouhamadou le prof, enseignant
– Marie-Aude Murail, autrice jeunesse, officier de la Légion d’honneur
– Laure Niclot, membre du Conseil économique et social européen (Cese) et ancienne présidente des Jeunes Européens, France
– Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom
– Magali Payen, fondatrice du mouvement On est prêt
– Clémence Pène, co-présidente de Démocratie ouverte
– Vincent Pons, professeur d’économie à Harvard
– Constance Robert-Murail, autrice jeunesse
– Claude Roméo, directeur départemental honoraire d’Enfance-famille Seine-Saint-Denis
– Pierre-Alain Sarthou, président de la délégation aux droits de l’enfant du Conseil économique social et environnemental
– Coline Serra, présidente de l’association Mieux Voter
– Steny Sylvain Solitude, CEO et cofondateur de beacon & eggs
– Caroline Span, présidente du mouvement On est prêt
– Lennie Stern, essayiste experte associée à la fondation Jean-Jaurès